| |
Techniques chasse et pèche

L'orignal et le chevreuil aux appelants? Et pourquoi pas!
Texte et photos : Philippe Dupuis
Depuis d’innombrables années, le recours aux appelants sous différentes
formes fait partie des techniques utilisées pour leurrer le gibier tant
convoité. Les sauvaginiers ont certainement été les premiers à recourir aux
appelants et, à l’époque, les premiers du genre étaient bien vivants.
Plusieurs ont sans doute entendu de la bouche d’un grand-père ou lu quelque
part dans les histoires d’autrefois, cette technique qui consistait à
utiliser des canards vivants.
Plus souvent qu’autrement, il s’agissait d’un couple de barboteurs – parfois
de bernaches, selon la saison – qui, en toute innocence, recrutaient
littéralement des congénères pour les conduire tout simplement devant
l’affût où les attendait le chasseur. D’un seul coup de fusil – d’un calibre
8 ou 10 comme il en existait alors – il pouvait récolter plusieurs oiseaux.
Les temps ont certes bien changé car au fil des ans, l’utilisation de
canards vivants a été remplacée par celle de canards en bois, avec un corps
en cèdre et une tête en pin. D’ailleurs, ces nouveaux appelants portaient
une marque de commerce pour ainsi dire qui était reliée à la région où ils
étaient produits. Il y avait les canards d’Hector Desmarais, de Notre-Dame
de Pierreville, ceux d’Aurel Leboeuf, du Lac Saint-François, de la famille
Lauzon du Lac des Deux-Montagnes, de la famille Lacelle de Pointe-Fortune,
etc. C’est là un véritable héritage d’artisanat qui, à son tour, a été
remplacé par l’arrivée des polymères et des formes thermoplastiques. Qu’il
soit permis ici de constater que ces nouveaux produits, tout aussi efficaces
soient-ils, ne possèdent pas cette qualité issue du travail effectué pendant
l’hiver dans les ateliers de fortune de nos ancêtres.
LE RÔLE DE L’APPELANT
L’appelant sert d’abord et avant tout à créer un climat de confiance en
établissant une présence jugée normale dans un habitat donné; dans le cas
présent, les oiseaux convoités sont attirés par cette présence.
Mais les sauvaginiers ne sont pas les seuls – ou faudrait-il dire ne
devraient pas être les seuls – à recourir à cette technique. Tous les
chasseurs à l’arc, à la poudre noire et même à la carabine ont tout avantage
à utiliser des appelants pour leurrer le gibier recherché. À bien y penser,
il n’y a rien de nouveau sur le sujet puisque nos voisins du Sud ont produit
un document montrant un mâle en pleine action et qui essayait de s’accoupler
à une maquette en trois dimensions… Il faut prendre pour acquis que le
recours aux appelants peut constituer un atout.
À prime abord toutefois, au moins deux problèmes viennent limiter
l’utilisation de formes 3-D de façon usuelle. Le premier provient du fait
que la rosée matinale qui reste en suspens diminue grandement l’efficacité
du leurre en favorisant la réflexion des rayons du soleil. Le deuxième a
trait au transport, surtout lorsque la chasse se déroule plus profondément
en forêt, ce qui signifie des difficultés et des énergies à déployer pour le
transport. Mais des solutions pratiques existent dans les deux cas.
LE FINI VELOURS
Avant de parler du sujet en titre, une remarque préliminaire s’impose.
L’utilisation d’appelants devrait être limitée, lors de la chasse d’automne,
aux territoires privés et non sur les terres publiques; aussi bien à l’arc
qu’à la poudre noire et à la carabine. Une question de sécurité avant tout.
Sur le marché, il existe différents appelants pour simuler un chevreuil ou
un orignal, en tenant compte des différentes situations qui peuvent se
produire.
Mais les appelants-silhouette présentent trois des qualités premières qui
sont recherchées par les chasseurs de grand gibier. D’abord, ils se prêtent
à toutes les situations pouvant survenir durant une excursion automnale,
étant légers et compacts. Ensuite, ils offrent un système ne donnant aucune
prise à la réflexion des rayons solaires et ce, grâce à un produit breveté
pour l’Amérique du Nord. Enfin, le fini velours développé par la compagnie
manufacturière offre des avantages incroyables dont les chasseurs sauront
tirer profit.
Quelques mots sur ce fameux fini velours. Il a pour effet de capter la
lumière, ce qui rend l’appelant visible à une plus grande distance par
rapport aux autres produits sur le marché (on parle ici de visibilité accrue
à 1,6 km ou 1 mille). En plus de ne pas refléter les rayons du soleil, il
induit un effet incroyable tridimensionnel (voir photo présentant un
orignal) de sorte que, quel que soit son angle d’arrivée au site d’appel,
l’animal ne pourra s’apercevoir du subterfuge.
LE TRANSPORT
La solution, on l’aura deviné, consiste à remplacer la forme 3-D par celle
de la silhouette de l’animal recherché.
Dans le cas du chevreuil, l’appelant-silhouette peut être replié sur
lui-même, pour former un ensemble de 2,5 cm (1 pouce) d’épaisseur pour une
superficie de 60 x 102 cm (24 x 40 pouces), pour un poids de moins de 1 kg
(2 lbs), incluant les piquets. Il existe même des sacs de transport qui
peuvent contenir 2 ou 3 silhouettes.
Pour l’orignal, la silhouette est conçue en cinq sections démontables qui
sont reliées par des vis en plastique. Le poids est de l’ordre de 3,6 kg (8
lbs) pour une forme de transport d’environ 10 cm (4 pouces) d’épaisseur pour
une superficie de 81 x 122 cm (32 x 48 pouces). Dans le cas présent, la
silhouette représente un mâle de 360 kg (800 lbs).
Dans les deux cas, les modèles sont offerts avec des panaches mais il est
possible de les adapter aux circonstances et d’en faire des mâles ou des
femelles. Les appelants peuvent même être modifiés pour imiter des animaux
couchés. Il suffit alors d’enlever ou de replier les pattes. Ce qui
contribue à la polyvalence de l’appelant tout en constituant une économie
certaine pour le consommateur qui n’a pas à acheter différents modèles.
AUTRES AVANTAGES
En plus de ce qui a été dit précédemment, un autre avantage réside dans le
fait que l’appelant consolide chez l’animal en approche l’idée de la
présence, par exemple, d’une femelle. À la chasse à l’arc, cela est capital
puisque l’animal, mis en confiance, s’approche à une distance satisfaisante
qui permet à l’archer de décocher sa flèche dans des conditions optimales de
succès. D’ailleurs, des études menées par des biologistes ontariens tendent
à démontrer qu’en de telles circonstances et en utilisant des appelants, le
succès de chasse est de l’ordre de 80% dans la récolte des mâles.
QUELQUES RECOMMANDATIONS
Avant d’introduire le produit sur le marché, le manufacturier s’est livré à
de longues expériences sur le terrain. Selon lui, il n’est pas nécessaire
d’utiliser des produits comme l’urine en conjonction de la silhouette pour
attirer les cervidés. C’est la même logique que pour les sauvaginiers qui
utilisent les appelants afin de consolider l’identification de l’espèce par
des congénères; cela vaut aussi bien pour les oiseaux que pour les
mammifères.
De plus, une utilisation non adéquate d’urine (passée date ou de piètre
qualité) pourrait entraîner des effets néfastes à plus long terme. En effet,
le velours absorbe le liquide (donc éventuellement l’urine) et s’en imprègne
pour longtemps… et la saison de chasse pourrait s’en trouver compromise.
Tout au plus est-il suggéré d’accrocher au bout de la queue de la silhouette
un petit chiffon qui aura été imprégné d’urine. Le mouvement de cet ajout
odorant ajoute un élément naturel susceptible d’augmenter l’identification
du mammifère.
Afin que le gibier ne détecte pas la présence de l’appelant durant la nuit,
il est recommandé d’enlever la silhouette à la fin de la journée, quitte à
la réinstaller le lendemain matin.
Deux semaines ou même plus tôt avant la saison, et pourvu qu’on y ait accès,
pourquoi ne pas insérer dans la silhouette, des branches de cèdre ou de tout
autre résineux en provenance du territoire de chasse, question de
l’imprégner si possible, de l’odeur réelle du milieu.
À la fin de la saison, il est impératif de ranger bien à plat toutes les
pièces de l’appelant, soit dans l’emballage d’origine, soit sur une tablette
conçue à cette fin. Le but est d’éviter qu’il ne se déforme durant la saison
morte.
TECHNIQUES DE CHASSE
Qu’il s’agisse de chevreuil ou d’orignal, l’objectif est de reproduire le
plus naturellement possible une situation pouvant se présenter sur le
terrain.
Voici quelques situations qui ont permis une chasse fructueuse en utilisant
des appelants. Chacun pourra en tirer des enseignements et vire ses propres
expériences, en tenant compte bien sûr des situations de chasse qui peuvent
différer en fonction du terrain (montagnes, marécages, etc.). La grande
versatilité des appelants a été amplement démontrée dans des situations de
chasse et corroborée par des études scientifiques. Et tout cela suggère que
l’appelant doit être utilisé différemment, en fonction de la période de
chasse et du contexte général qui prévaut.
CHEVREUIL EN FORÊT
Pour la chasse à l’arc, un seul appelant et généralement requis pour chasser
dans une forêt dense. Il faut retracer le point de rencontre de plusieurs
sentiers tracés par les chevreuils; cet endroit est souvent identifiable
parce qu’un espace dégagé est ainsi formé par les mouvements du gibier.
L’idéal sera de positionner l’appelant non loin du chasseur pour profiter de
cette présence.
Dans le cas où une vasière est identifiée, avec un mâle dominant dans le
secteur, l’appelant doit être installé à côté de la vasière ou à proximité
(10 à 15 mètres – 33 à 50 pieds).
C’est vraiment ici l’illustration du fait que l’appelant crée une zone de
confiance pour les autres mammifères et rend l’approche plus efficace
jusqu’au moment d’abattre le gibier. Est-il besoin de préciser que dans ce
dernier cas, le modèle de type « femelle » s’impose. (Voir l’illustration «
Technique en forêt »)
CHEVREUIL EN PRAIRIE
Lorsque la chasse se passe aux abords de prairies, il est important
d’identifier les sites potentiels où les cervidés, le soir venu, ont
l’habitude d’aller s’alimenter. Les expériences ont démontré clairement
qu’en utilisant trois appelants et plus, le chasseur a de bonnes chances
d’attirer sur place un ou des mâles dominants. (Voir l’illustration «
Technique en prairie ou bûcher »).
Pour la période de chasse à la poudre noire, la technique est tout aussi
valable, en ajoutant toutefois un panache à l’appelant et en utilisant aussi
un chiffon imbibé d’urine provenant de mâles en rut.
ORIGNAL EN FORÊT
La technique utilisée pour le chevreuil est tout aussi valable pour
l’orignal. Mais en plus, l’appelant peut être déplacé le long du sentier de
chasse, en utilisant la partie avant de l’appelant (épaule, cou, tête). En
début de saison, le modèle « femelle » est préférable. Mais après quelques
jours d’insuccès, il est conseillé de fixer un panache a l’appelant afin de
provoquer visuellement tout mâle se trouvant dans le secteur. Bien sûr,
l’appel devra s’adapter à la situation. Le chasseur peut même enlever les
pattes de l’appelant et l’installer carrément au-dessus de l’affût. Cela
fera en sorte que l’animal viendra encore plus près et cette différence dans
la distance est capitale pour le chasseur à l’arc. (Voir l’illustration «
Technique en forêt »).
ORIGNAL EN BÛCHER
La règle de trois appelants s’applique ici aussi pour créer l’illusion de
trois femelles réunies au même endroit. D’ailleurs, des expériences tentées
dans une telle situation avec un appelant, puis deux et trois ont donné des
résultats qui prêchent en faveur de l’efficacité de cette règle de trois. La
réaction du gibier, orignal ou chevreuil, est plus rapide avec trois
appelants. (Voir l’illustration « Technique en prairie ou bûcher »).
En milieu marécageux, au fond d’une petite baie bordant un lac où les
orignaux ont l’habitude de s’alimenter, l’utilisation d’un seul appelant
s’est avérée très efficace.
Lors de la prochaine saison de chasse, que ce soit au chevreuil ou à
l’orignal, le chasseur ne doit pas hésiter un seul instant à recourir aux
appelants pour traquer les grands cervidés. Ils sont un gage de succès.
Bonne saison 2001!
Philippe Dupuis
Guide de chasse
(450) 658-9062
|
|