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Techniques chasse et pèche

Oies blanches, particularitées de l'espèce et stratégies de chasse
Texte et photos : Philippe Dupuis
Au début du siècle, les premières observations faites par les pères jésuites
sur la population de la grande oie des neiges estimaient leur nombre à 2 000
individus… à cette époque, la tradition d’arrêt était déjà établie au Cap
Tourmente faisant partie des terres du Séminaire de Québec. Avec les années,
ces terres ont été récupérées par le Service canadien de la faune pour en
faire une aire de repos. Pendant ce temps, la population des oies, en pleine
explosion, a pris l’Estuaire comme grande surface de tradition d’arrêt. Au
fil des années, d’autres sanctuaires ont vu le jour, favorisant d’autant un
accroissement de la population.
Jadis, dans l’Estuaire, la bernache était la grande vedette. Il suffit de
parler aux gens de l’Île-aux-Grues qui racontent que, bien avant que les
oies ne s’installent dans l’Estuaire, les bernaches étaient reines et
maîtresses de ces grandes battures.
Depuis les années ’70, la population a évolué. Elle n’a cessé de grandir et
même de doubler tous les huit ans. L’oie des neiges, en se multipliant
ainsi, a développé de nouvelles aires d’alimentation et la pression de la
chasse à l’approche a eu comme conséquence le développement de différents
mécanismes d’autodéfense. Au cours des années ’70 et ’80, la situation de
l’oie des neiges a pris une tournure inquiétante, la population dépassant le
million d’individus; ce qui se traduit par une réelle surpopulation de
l’espèce. Cela a aussi un impact sur l’état de la ressource alimentaire dans
l’Arctique. Par ailleurs, c’est ce qui a provoqué l’ouverture de la chasse
printanière.
Avant de parler des nouvelles stratégies de chasse, il faut comprendre les
règles qui régissent le comportement de cette grande reine ailée!
Un drôle d'oiseau
Contrairement à la croyance populaire, l’oie des neiges n’est pas un oiseau
de champ. C’est un oiseau de montagne qui niche sur de petits lacs
intérieurs ou le long des cours d’eau.l L’oie des neiges vit dans d’immenses
vallées et en terrain montagneux. Cet oiseau à long cou est très bien adapté
pour affronter les renards arctiques. Sa vision est précise à plus de 2,5
km.
Où niche l’oie des neiges? Traditionnellement, l’Île de Bylot, au nord-ouest
de la Terre de Baffin, constituait l’aire de nidification de l’espèce. Mais
avec l’éclatement de la population, à peine 12% de la population – soit
environ 120 000 individus – s’y retrouveraient. Maintenant, les aires de
nidification s’étendent à partir du sud de la Terre de Baffin.
L’espèce présente des liens familiaux particuliers. Le mâle et la femelle
sont unis pour la vie, c’est-à-dire tant et aussi longtemps que l’un des
membres du couple ne disparaît pas, quelles que soient les circonstances. À
leur naissance, les oisillons identifient comme leurs parents les individus
qu’ils voient en sortant de la coquille. Généralement, ce sont bien leurs
parents. Par ailleurs, plusieurs reportages montrent des oiseaux avec des
humains.
Lorsque la saison arrive, les chasseurs sont désireux de connaître le
pourcentage de juvéniles qui effectuent la migration. Pour bien comprendre
le pourquoi de cette interrogation, voici certains détails importants. La
femelle pond entre trois à six œufs. Durant une vingtaine de jours, la
situation est critique pour la jeune oie qui doit non seulement éviter
d’être la proie des prédateurs, mais aussi traverser deux phases importantes
: celle du duvet et celle du plumage. Ce qui se passe alors est déterminant
sur le nombre de jeunes oiseaux qui suivront leurs parents lors de la
migration et qui, par voie de conséquence, pourront être abattus par les
chasseurs. Diverses études sur la thermographie des jeunes oies ont été
faites et démontrent une nouvelle génération grandissante qui résiste à des
températures très froides. Donc, si à cause de certains facteurs, il reste
trois oies par couple , c’est-à-dire 50%, cela représente une année
exceptionnelle. Mais si on annonce 15 % de juvéniles, on imagine facilement
la suite…
La grande migration
Comment commence la migration? Fort simplement. À la base, il y a une
consolidation des liens familiaux. Une famille se regroupe avec une autre
famille et ainsi de suite. C’est ainsi que s’agglutineront de grandes
concentrations d’oiseaux qui formeront les grands voiliers.
Plusieurs facteurs influencent le grand départ de la migration vers les
régions du Sud : les journées raccourcissent et la nuit s’installe dans l’Articque.
Mais le facteur ultime est l’eau qui gèle. La glace déloge les oies et tous
les autres oiseaux migrateurs se trouvant dans ces régions.
Plus de 30% des oies passent tout droit, au-dessus de nos territoires et
vont directement aux États-Unis. Elles voyagent deux fois plus la nuit que
le jour. Certains types de vents favorisent la migration des grands oiseaux.
L’intensité de ceux-ci est aussi un facteur. Ces vents proviennent surtout
du nord, nord-est et nord-ouest. Leur intensité peut varier de 0 à 15 km/h.
Lorsque les oies sont prêtes et les facteurs en place, c’est le départ.
Elles montent par paliers et prennent de l’altitude jusqu’à la hauteur
désirée te requise pour entreprendre le grand voyage. Elles s’installent à
l’arrière des dépressions atmosphériques, ce qui leur permet d’être aspirées
par la dépression et ainsi, elles peuvent parcourir des distances de 700 à
800 km, sans arrêt. La formation en « V » leur permet de maximiser leurs
énergies en vol.
Les jours de repos
Combien de jours les oies prennent-elles pour refaire leurs énergies?
Normalement de 8 à 10 jours. Par exemple, si les oies se pointent sur une
aire de repos le 2 octobre, elles repartiront en principe entre le 10 et le
12. Mais des conditions idéales pourraient raccourcir ce séjour et hâter le
départ (entre le 8 et le 10 par exemple). Pour les sauvaginiers, il est
important de vérifier le volume de gras que l’on trouve dans la cavité
abdominale des oiseaux. Si les jeunes oies sont grasses, cela aura pour
effet de raccourcir la période de récupération dont elles auront besoin
avec, bien entendu, des vents propices au départ. Si c’est l’inverse, cela
aura l’effet contraire, elles devront rester plus longtemps dans nos
régions. Si la pression de chasse augmente, elles se déplaceront vers le Sud
plus rapidement.
Parlons d’appelants!
Des études américaines, menées sur trois ans auprès de différents
pourvoyeurs et guides du Maryland ont prouvé hors de tout doute, une plus
grande efficacité reliée à l’utilisation d’appelants over size ou magnum 16
par 32 pouces, par rapport aux appelants de taille standard (12 par 24
pouces). On parle même d’une efficacité accrue de l’ordre de 80% pour ceux
mesurant 20 par 40 pouces. Par exemple : douze appelants standard = six
appelants 16 par 32 = un appelant 20 par 40. Bien sûr, pour le modèle 20 x
40, le prix est plus élevé qu’un appelant standard mais combien plus
efficace.
Les cinq facteurs déterminants pour que les oies atterrissent aux appelants
1) La pression de chasse
Si ce facteur est très élevé dans un secteur bien précis, ceci a pour impact
direct de renforcer les liens familiaux et de provoquer des déplacements
locaux vers le Sud.
2) Le camouflage
Il faut toujours se confondre avec le milieu, en utilisant de préférence les
matières organiques disponibles sur place. Pour celui qui chasse dans un
champ de luzerne, la couleur verte est de mise. Au contraire, dans un champ
de maïs, ce sera le jaune, etc. Les caches avec profil bas sont un gage
supplémentaire de succès; il ne faut pas toutefois qu’elles dépassent la
hauteur de la tête des appelants.
3) La dimension des appelants
Comme je l’expliquais précédemment, la plupart des guides utilisent les
appelants over size pour chasser, étant donné leur grande efficacité.
Rappelons que les oies peuvent détecter tout mouvement, donc tout
déplacement humain, jusqu’à une distance de 2,5 km. Et au même titre que le
renard, le chasseur est perçu comme un prédateur. Lors de l’approche est
oies, il est primordial de ne pas bouger.
4) La réflexion des rayons du soleil
Voilà un facteur important et pour deux raisons, la première ayant rapport
au chasseur lui-même et, la deuxième, aux appelants. Le visage doit être
recouvert par un masque de camouflage; il est impensable de chasser les oies
sans masque. De plus, concernant la réflexion sur les appelants, j’utilise
des appelants fini velours modèle silhouette 16 x 32 pour contrer ce
problème. Le même phénomène se produit aussi, à l’automne, lorsque les
conditions favorisent le gel. Le velours présente une capacité d’absorption
que l’on ne retrouve pas chez les appelants issus de produits
thermoplastiques qui laissent un dépôt, réfléchissant ainsi les rayons du
soleil. Autre avantage du velours, à la période de gel, l’appelant sèche
rapidement au vent. Enfin, 24 silhouettes occupent le même espace qu’un
appelant ordinaire thermoplastique; ce qui n’est pas à négliger quand vient
le temps de les transporter sur les battures ou dans un champ.
5) Le nombre d’appelants utilisés
En situation de chasse à l’automne, j’installe jusqu’à 1 000 appelants pour
contrer les pressions de chasse créées par les chasseurs à l’approche. Si
les sauvaginiers comprenaient tout le tort qu’ils portent à leur chasse,
probablement arrêteraient-ils leurs techniques et utiliseraient celles
développées par des organismes québécois. D’ailleurs, nous sommes à préparer
de nouveaux critères dont les chasseurs devront tenir compte pour espérer du
succès.
Quels sont les nouveaux critères de base dont les sauvaginiers ont besoin
pour leurrer cette grande dame ailée? Avant d’en parler, voici quelques
informations relatives à la chasse aux appelants.
Nouvelles techniques et approche à l'oie des neiges
Les temps ont bien changé et la technique pour chasser les oies des années
‘70 et ’80, avec des papiers sur les battures et des sacs poubelle de
plastique attachés après un piquet de fortune, est bel et bien périmée.
Cette technique fonctionne quelques jours seulement, le temps que les
nouvelles arrivées s’ajustent à la réflexion des rayons du soleil qui
produisent un effet translucide sur le plastique; elle ne déjoue pas les
adultes. La pression de la chasse à l’approche et la nouvelle aire
d’alimentation, dans les champs agricoles ont influencé le comportement des
oies. Ces dernières ont développé, tout comme les bernaches, un système
d’autodéfense qui est adapté à la nouvelle répartition de la population de
la grande oie des neiges. Cette adaptation au milieu agricole a eu pour
conséquence de modifier le lien éducatif entre les oies adultes et juvéniles
et de renforcer les liens familiaux durant la période de chasse, printanière
ou automnale.
Chasse sur les battures
Sur les battures, il est recommandé d’utiliser cinq ou six douzaines de
silhouettes. Comme mentionné avant, il est indispensable d’utiliser un
masque de camouflage et de fermer le trou sur le vase pour que les oies ne
puissent détecter le trou installé à 150 pieds. Du côté du trou, il faut une
silhouette pour donner une distance de tir. (Voir l’illustration de la page
à propos de la chasse sur les battures).
Chasse de pourtour
Voici une technique efficace pour la chasse à la grande oie des neiges. À
cet effet, une brochure existe qui a été réalisée par les sauvaginiers du
Québec. Les explications sont faciles à comprendre et très bien illustrées,
préconisant l’utilisation des douzaines d’appelants nécessaires pour ce type
de chasse, donc à moindre coût. On montre comment faire des affûts de
qualité et on indique très clairement comment profiter des endroits
fréquentés par les oies au champ. C’est une bonne manière de procéder mais
souvent, à cause de la chasse à l’approche, elle est parsemée d’embûches.
Pourtant, si les chasseurs comprenaient le principe, ils auraient tout à
gagner de cette recette qui allie économie d’équipement et de temps. (Voir
les illustrations sur la chasse de pourtour)
Truc de guide
Voici un petit truc qui est très facile à utiliser pour les oies abattues.
Beaucoup de chasseurs installent les oies mortes sur le bord de la cache
formant ainsi une ligne, ce qui fait peur aux oiseaux. Il faut plutôt
utiliser ces oiseaux morts en les répartissant parmi les appelants, créant
ainsi un climat de confiance. (Voir photos)
Bonne chasse!
Philippe Dupuis
Guide de chasse
(450) 658-9062
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