| |
Techniques chasse et pèche (#32)

Grande oie des neiges - Une chasse qui s'avère très difficile
Texte et photos : Philippe Dupuis
Cette année encore, le Plan de gestion intégrée de la Grande Oie des neiges
permet une récolte printanière et ce, jusqu’au 31 mai dans la partie sud du
Québec – 1er avril au 31 mai – alors que la saison s’étendra jusqu’au 30
juin dans la partie septentrionale. Le réglementation en vigueur ne comporte
aucune modification par rapport à celle adoptée en 2020. On rappelle aux
chasseurs se servent d’enregistrements d’appels d’oiseaux qu’ils ne devront
les utiliser uniquement qu’avec des appelants blancs.
La chasse printanière à la Grande Oie des neiges est donc maintenue comme au
cours des dernières années. Et ce, pour la simple et bonne raison que les
motifs sur lesquels cette mesure a été fondée restent tout aussi valables en
2003, même si le pourcentage d’oiseaux juvéniles recensés à l’automne 2002
était inférieur aux prévisions des spécialistes de la faune. Cela aura
toutefois un effet direct sur les résultats d’une telle chasse puisque ce
sont des oies adultes qui, en grande majorité, reviendront du sud pour la
grande migration vers les terres de reproduction.
Compte tenu de l’importance du sujet, comment évaluer la chasse printanière
selon le pourcentage de juvéniles annoncé à l’automne et surtout, comment
les sauvaginiers québécois peuvent s’y retrouver?
Au printemps 2002, les chasseurs ont prélevé quelque 71 800 oies. Ce
résultat correspond à une hausse de 44% de la récolte par rapport à celle du
printemps 2001. Les meilleurs succès de chasse sont survenus dans les
districts F et G, avec 63% de la récolte totale. On évalue à 325 000 le
nombre d’oies abattues au cours de la saison 2002-2003 sur l’ensemble des
territoires de chasse américains. (Source : Environnement Canada)
Des adultes d'abord
Le taux relativement bas de juvéniles (voir ci-après) enregistré à l’automne
2002 rendra la chasse printanière très difficile.
Ce seront vraisemblablement en très grande majorité des oies adultes qui
emprunteront le trajet migratoire vers le Nord. Et cela signifie aussi que
le taux de succès sera probablement peu élevé puisque les oiseaux sont
aguerris et qu’ils ont sans doute connu une expérience de chasse.
Pour espérer remporter du succès, il faut être équipé d’appelants en grande
quantité, surtout du modèle offrant un système anti-réflexion des rayons
solaire.
De tels équipements vont faire la différence.
Les sauvaginiers qui ne comptent pas sur de tels artifices pourront toujours
tenter leur chance dans les champs ouverts et souvent détrempés. Tout cela
dans le dessein de récolter une oie ou deux…
C’est quand la chasse est difficile qu’il faut pouvoir compter sur tous les
outils disponibles pour éviter de revenir bredouille ou presque.
À chacun de choisir!
Un phénomène impressionnant
La grande oie des neiges, phénomène migratoire impressionnant et
imprévisible, diront certains experts de la faune ailée québécoise, affiche
une population stable – environ 837 000 individus d’après les dernières
statistiques du Service canadien de la faune et de l’évaluation qu’en fait
Pierre Brosseau, biologiste spécialiste sur la question des oies.
Malgré les mesures prises par les divers paliers des différents
gouvernements canadien et américain afin de diminuer la population de
l’espèce, le nombre de grandes oies des neiges reste stable; en dépit même
des chasses intensives que nous leur faisons à l’automne et au printemps.
Les scientifiques voudraient que le chiffre avoisine plus ou moins 500 000
individus, mais divers facteurs rendent les prélèvements plutôt difficiles.
Voici d’ailleurs quelques données ou statistiques afin de mieux comprendre
le phénomène grandissant de cet oiseau magnifique.
Un voeu pieux
Les objectifs des scientifiques constituent en fait un vœu pieux; de façon
plus réaliste, le chiffre souhaité semble difficile à atteindre. Et cela,
pour plusieurs raisons :
a) le nombre de chasseurs québécois, qui lui aussi est stable;
b) la complexité de la chasse en sol québécois, compte tenu que les
américains les chassent avant nous le printemps – ce qui a pour effet
d’augmenter les mécanismes d’autodéfense de cet oiseau bien avant son
arrivée en sol québécois, et
c) une certaine réserve ou restriction de la part de sauvaginiers québécois
à vouloir les prélever le printemps, en guise de protestation ou en y voyant
un lieu négatif sur le taux de reproduction. D’autres estiment que la chasse
printanière pourrait avoir un impact direct sur le taux de juvéniles à
l’automne, car le stress vécu par les oiseaux au printemps provoquerait une
migration hâtive sur les sites de nidification nordiques. Certaines
observations effectuées depuis le début de la chasse printanière viseraient
à établir un raccourcissement de la période migratoire. Il s’agit là d’une
simple hypothèse puisqu’il est actuellement impossible de l’évaluer car
aucune étude scientifique n’a été entreprise ou complétée sur l’impact de la
chasse du printemps.
Un manque d'intérêt?
Depuis quelques années, le peu d’intérêt des américains pour les chasser à
semblé jouer un rôle car les chasseurs sont plus nombreux qu’au Québec; le
nombre total de chasseurs américains est d’environ 3,2 millions. À titre
d’exemple, pour les seuls états du Maryland, du Delaware et du New Jersey,
il y a environ 48 000 sauvaginiers.
Mais on note une tendance à la hausse pour la chasse à l’oie des neiges,
principalement parce que la chasse à la bernache du Canada a connu certaines
restrictions pour les états de l’Est (récolte d’une bernache par jour et
limite de possession de deux oiseaux); ce qui rendrait la chasse plus ou
moins intéressante. D’où leur intérêt pour l’oie des neiges.
D’ailleurs, les sauvaginiers des états du Maryland et du Delaware ont
volontairement opté pour ne pas chasser la bernache durant cette période
restrictive.
De plus, les oies des neiges sont en passe de devenir un véritable problème
pour eux. Fervents chasseurs de la bernache du Canada, les américains ne
peuvent faire autrement que de constater que, l’automne venu, les oies qui
arrivent aux Etats-Unis dans leur trajet migratoire, délogent tout
simplement les bernaches du Canada de certains sites alimentaires; ce qui
provoque aussi des changements dans la migration intérieure des oiseaux.
L’impact des oies sur ce phénomène est direct et évident; d’où l’intérêt
pour nos amis du Sud de les chasser avec ardeur. Dans l’état du New Jersey,
la chasse printanière débute à la mi-février, donc bien avant nous.
Question de temps?
Peut-être que, le temps aidant, le chiffre magique de la population
souhaitable sera atteint, grâce notamment à la chasse à l’oie des neiges.
Mais c’est là un défi de taille pour les sauvaginiers, car, même au Québec,
le patron migratoire change à chaque saison et de nouvelles « traditions »
s’installent, comme c’est le cas au Lac Saint-Jean. Il est plus difficile de
prévoir la stabilité migratoire dans certaines régions plutôt que dans
d’autres. Cependant, il est possible de prévoir ou d’appréhender ladite
saison – qu’elle soit printanière ou automnale – en consultant avec soin les
informations recueillies sur le terrain afin d’en évaluer l’impact sur la
chasse.
Elles peuvent provenir des médias ou du Service canadien de la faune.
L’évaluation provient au départ de Monsieur Gilles Gauthier, biologiste de
l’Université Laval qui travaille conjointement avec le Service canadien de
la faune.
Comment ça ce passe?
À partir des observations relevées par Monsieur Gilles Gauthier à l’Île de
Bylot – et il ne faut pas oublier que seulement 15% de la population de la
grande oie des neige s’y retrouve – les informations sur la population sont
transmises au Service canadien de la faune. Ne pas oublier que la population
totale de l’oie des neiges est établie à plus de 837 000 individus. Après
consensus des biologistes en place, elles sont retransmises par Monsieur
Paul Milot, conseiller en communications pour le Service, qui émet un
communiqué de presse à tous les journaux du Québec. Ce communiqué est en
fait un mini-rapport sur la situation des autres palmipèdes (la bernache, le
canard noir, le malard, etc.) et aussi sur leur succès de reproduction dans
leurs territoires respectifs.
Les différents chroniqueurs et journalistes de plein air québécois prennent
cette évaluation et nous la transmettent, dans le but de donner une
information préalable sur la saison de chasse à venir. Par exemple,
l’automne dernier (2002), on évaluait le taux de reproduction de l’oie
blanche à 14%. Cette évaluation est prise uniquement à l’Île de Bylot par
Monsieur Gilles Gauthier. On peut s’attendre à un taux possible plus haut ou
plus bas, dépendant des contingents qui arriveront dans les régions où nous
les prélevons. En général, une bonne année ou une année normale présente un
taux de reproduction aux alentours de 22 à 23%; en acceptant d’emblée une
possible marge d’erreur.
Compte tenu de ces données, les sauvaginiers peuvent estimer – de façon
raisonnable – que la saison sera passablement bonne, avec un taux de succès
pouvant être légèrement plus haut ou plus bas que la moyenne.
Peu de temps après, une autre information a circulé établissant le
pourcentage de reproduction à 7% laissant présager une chasse difficile.
Comment s’y retrouver? C’est en fait une évaluation dans l’estuaire du
Saint-Laurent qui permet d’avoir vraiment l’heure juste en ce qui a trait à
la qualité de la saison de chasse à venir.
Des réajustements
L’équipe de Monsieur Gilles Gauthier fournit des données intéressantes mais
partielles (touchant seulement 15% de la population totale à l’Île de Bylot).
C’est en fait lorsque les chasseurs sont à l’affût – entre le 1er et le 10
octobre – que la véritable évaluation est effectuée, avec les réajustements
requis notamment en ce qui a trait au nombre de juvéniles dans les divers
groupes ou contingents d’oiseaux. Plusieurs spécialistes sont aux aguets
dans l’estuaire, que ce soit au Cap Tourmente, à Montmagny, etc.,
surveillant les premier contingents en provenance du nord, à la recherche
des informations notamment sur le nombre de juvéniles.
Les premiers contingents sont normalement formés d’oiseaux immatures (non
breeders), c’est-à-dire les oies n’était pas assez matures pour avoir élevé
une famille. Pas moins de 30% des oies passent tout droit et, de plus, le
Lac Saint-Jean est devenu une autre tradition automnale alors que les oies
sont de plus en plus présentes. Toutes ces données sont prises en compte en
vue d’établir – et de divulguer – le pourcentage de juvéniles (établi à 7%
en 2002).
Des hypothèses
Comment expliquer une telle différence entre ce qui est attendu et ce qui
est constaté en quelque sorte sur le terrain? Différents facteurs – que l’on
peut qualifier d’incontrôlables – peuvent être invoqués. Qu’en est-il
exactement?
1. LE CLIMAT : Lorsque les oies arrivent dans leurs lieux respectifs de
nidification, il est bien compréhensible que personne ne puisse prévoir le
climat nordique, surtout lors de phase critique pour les oisillons, le
passage de duvet à plume, soit environ une vingtaine de jours. Cette période
critique a un impact majeur sur le succès ou sur le taux de reproduction des
juvéniles. Mais des études ont été faites sur la thermographie des
juvéniles, qui tendent à démontrer qu’ils sont de plus en plus résistants
aux conditions nordiques. Néanmoins, la nature reste la nature – un contrôle
naturel s’y fait sans que personne ne l’ait demandé.
2. LA RÉPARTITION : En consultant la carte des endroits de nidification des
oies blanches, chacun peut certainement prendre conscience de l’immensité du
territoire de répartition de l’espèce. Il est tout à fait plausible que les
conditions climatiques peuvent varier d’un territoire à l’autre – par
exemple, il peut faire relativement beau au nord et neiger abondamment au
sud – vont jouer un rôle lors de la période critique mentionnée
précédemment. De quoi faire la différence entre certains communiqués sur les
estimations et la vraie vie. Un printemps tardif comme celui enregistré au
début de 2002 a certainement eu un impact majeur sur les taux de juvéniles
qui ont entrepris la grande migration de l’automne dernier.
3. LA PRÉDATION : La prédation naturelle, en particulier celle imputable au
renard arctique, fait aussi partie de la réalité. Cet animal qui subit les
mêmes effets nocifs sur d’autres sources alimentaires (le lemming entre
autres) va être plus actif fce aux oisillons qui peuvent être des proies
faciles. D’ailleurs, une baisse possible de la population de lemmings dans
le grand nord québécois, si elle est confirmée, pourra exercer un effet
encore plus négatif au chapitre de la prédation des jeunes oies.
Et la migration?
Un taux de juvéniles qui avoisine les 7% exerce un impact direct sur le flux
migratoire, et par voie de conséquence, sur la chasse. Les adultes sont
assez forts pou émigrer directement vers les sites d’hiver aux États-Unis; à
plus forte raison s’il n’y a pas de juvéniles – moins expérimentés – dans le
contingent. Cela se traduit par des migrations hâtives. Il y a dans
l’habitat assez de nourriture pour régénérer les graisses nécessaires pour
qu’elles puissent entreprendre leur long voyage. D’ailleurs, à l’automne
2002, Cap Tourmente a battu un record depuis 1993, soit 90 000 oies, le 2
octobre. Les traditions d’arrêt établies par les sanctuaires mobilisent les
adultes lors de périodes migratoires et du même coup, leur donnent la
nourriture nécessaire sur les battures; ce qui ne fait pas le bonheur des
chasseurs qui les attendent de l’autre côté de la barrière réglementée par
les sanctuaires.
De plus, la chasse à l’approche déplace les oies vers le Sud, dans des lieux
moins austères. Dès lors, il faut un équipement professionnel pour les
chasser car les oies adultes ne vont pas se laisser leurrer facilement et le
taux de succès est inter-relié à la capacité de déjouer leur vigilance.
Philippe Dupuis est guide de chasse et gestionnaire de zone de chasse
contrôlée.
(450) 658-9062
Chasser la bernache du Canada
avec succès
|
|